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Jean-Louis Geiger, le notable aixois qui a fait le choix du Rassemblement National

À Aix, l’ex-notable UDF Jean-Louis Geiger mène une liste RN rassemblant les droites. Son parcours illustre la recomposition en cours de la droite française.
À Aix, l’ex-notable UDF Jean-Louis Geiger mène une liste RN rassemblant les droites. Son parcours illustre la recomposition en cours de la droite française.
Jean-Louis Geiger sur le cours Mirabeau, artère centrale d'Aix-en-Provence. ©Alain Robert / Le Méridional

À Aix-en-Provence, Jean-Louis Geiger, ancien membre de l’UDF reconverti au Rassemblement National, conduit une liste municipale qui agrège toutes les droites. Son parcours dit quelque chose sur la recomposition en cours de la droite française et sur les questions qu’elle soulève.

Le parcours de Jean-Louis Geiger ressemble à beaucoup d’autres, et c’est peut-être là ce qui le rend intéressant. Vingt-cinq ans à l’UDF, dont il était le patron local à Aix, des dîners avec Giscard et Chirac, un itinéraire qui l’a mené de la droite classique jusqu’au Rassemblement National, et le voilà aujourd’hui à conduire une liste municipale à Aix-en-Provence sous l’investiture conjointe du RN, de l’UDR et du RPR. Un trajet qui illustre, parmi d’autres, le mouvement de recomposition de la droite française en 2026.

Geiger se présente volontiers comme un homme de dossiers. Il se targue d’être à l’origine de l’implantation d’ITER à Cadarache et a siégé pendant douze ans à la région, délégué à l’économie et à la recherche. Chef d’entreprise, il parle le langage de la gestion. C’est précisément ce profil, celui d’un notable ancré dans les cercles économiques aixois, qui rend son ralliement au RN significatif, au-delà de son seul cas personnel.

Deux déjeuners et une bascule

Tout commence, dit-il, par deux déjeuners avec Marine Le Pen. Au premier, il est surpris : contrairement aux élus qu’il a côtoyés toute sa vie, « tous ces gens-là passent leur vie à vous dire la messe et il n’y a personne qui vous écoute », elle l’écoute. Pendant trois quarts d’heure.

Puis il l’emmène visiter ITER à Cadarache. Il arrive, confie-t-il, « un peu terrorisé » à l’idée de la voir confrontée aux ingénieurs du nucléaire mondial. Il assiste à un tête-à-tête de 45 minutes entre Marine Le Pen et le directeur du projet. Il en ressort convaincu de sa maîtrise des dossiers.

Jean-Louis Geiger devant la fontaine de la Rotonde, place du Général de Gaulle, Aix-en-Provence. ©Alain Robert / Le Méridional

L’attelage des droites

Une fois la carte du RN en poche, Geiger refuse que sa liste soit une liste de parti. « Je ne voulais pas que ce soit une liste RN mais une liste de rassemblement des droites », dit-il. Il obtient l’investiture simultanée du RN et de l’UDR, et intègre dans ses 56 noms des militants de Reconquête, de Nouvelle Énergie, d’Identité Liberté, des proches de Marion Maréchal.

Un attelage hétéroclite, dont la cohérence interne reste à éprouver. Sa ligne rouge affichée : pas de fusion entre les deux tours qui sacrifierait une partie de ses colistiers. « On fait une liste avec 56 noms de gens qui se défoncent. Et puis entre deux tours, pour des raisons politiciennes, on s’en marie avec d’autres, on en vire un tiers de sa liste. Je ne supporte pas ça. »

Les chantiers du candidat

Sur la mobilité, Geiger propose la réouverture d’une voie ferrée existante pour une liaison tram-train vers la zone des Milles, et s’oppose au projet de BHNS dans le centre-ville, dont le tracé supprimerait selon lui des dizaines de places de stationnement au détriment des commerces.

Sur le logement, il pointe 7 000 logements vides dans le centre pendant que les jeunes actifs fuient vers Marseille. Il propose une étude hydrogéologique sur les nappes souterraines fragilisant les immeubles anciens, une opération de rénovation lourde, et l’arrivée d’Action Logement pour remplacer l’opérateur privé actuel.

Jean-Louis Geiger sur le cours Mirabeau, à quelques semaines du premier tour des municipales du 15 mars 2026. ©Alain Robert / Le Méridional

Sur la sécurité, il cite des chiffres présentés comme alarmants, premier rang national pour les cambriolages, sur les effectifs Aix compterait 384 policiers nationaux là où des villes comparables en ont 540, soit un déficit de plus de 150 postes. Il pointe l’ironie de voir la maire sortante se féliciter d’avoir obtenu 12 nouvelles affectations. Il propose par ailleurs de porter les effectifs de la police municipale de 150 à 240 agents sur le modèle de Nîmes, et de refondre le parc de vidéosurveillance dont la moitié des caméras serait en panne faute de contrat de maintenance.

Le symptôme d’une recomposition

Le cas Geiger n’est pas isolé. Dans plusieurs villes du Sud, des élus de droite classique, des chefs d’entreprise et des professions libérales rejoignent le RN, non par adhésion idéologique revendiquée, mais par épuisement des alternatives. Les LR ? « Des animaux en voie de disparition », tranche-t-il. Le reste du paysage politique ? Écarté d’un mot ou d’un regard.

Ce pragmatisme assumé est peut-être la marque la plus caractéristique de cette nouvelle sociologie du RN. On n’y vient plus, selon ce profil, par conviction identitaire, mais par calcul, par défaut, par conviction que la rupture est nécessaire. Geiger l’exprime avec une franchise inhabituelle dans le langage politique.

Les sondages lui donnent 20% des intentions de vote au premier tour, à un point de l’union de la gauche de Marc Pena, et loin derrière la maire sortante Sophie Joissains créditée de 34%. C’est déjà une rupture nette avec les moins de 10% du RN à Aix en 2020, mais la distance reste considérable.

La question que ce parcours pose reste entière. La normalisation par le haut que représentent des profils comme Geiger transforme-t-elle le RN, l’institutionnalise-t-elle ? Ou transforme-t-elle surtout ceux qui le rejoignent, convaincus de tenir les rênes d’une machine qui finit par les redéfinir ?

Jean-Louis Geiger, lui, dit ne pas se poser la question. Il a une ville à convaincre.

Image de Ryan Kashi

Ryan Kashi

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