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La CAPEB 13 auditionne les candidats sur l’avenir de l’artisanat marseillais

Le 11 fév. 2026, la CAPEB 13 a réuni des candidats aux municipales à Marseille : artisans en crise ont interrogé Sébastien Barles et Martine Vassal sur leurs projets.
Le 11 fév. 2026, la CAPEB 13 a réuni des candidats aux municipales à Marseille : artisans en crise ont interrogé Sébastien Barles et Martine Vassal sur leurs projets.
Martine Vassal aux côtés de Patricia Blanchet-Bhang, présidente de la CAPEB 13, et Robert Mouttet lors de l'audition électorale du 11 février. ©Alain Robert / Le Méridional

Sébastien Barles plaide pour un changement de paradigme

Devant une assemblée d’artisans visiblement inquiets pour leur avenir, l’adjoint au Maire en charge de la transition écologique n’a pas éludé les critiques. Sébastien Barles a défendu le bilan de la majorité sortante tout en esquissant des pistes d’évolution qui ne manquent pas d’audace. Sur la question centrale de la rénovation énergétique, l’élu a détaillé le dispositif municipal : « On a créé l’ensemblier solidaire, un médiateur qui accompagne de A à Z les propriétaires précaires. Il toque aux portes, sécurise le reste à charge et l’avance sur les travaux. » Mais au-delà de ce bilan, Barles propose un virage radical. « Peut-être qu’il faudrait passer de l’incitation à l’obligation. Si on veut vraiment massifier et faire face au défi climatique, il faudrait passer à l’obligatoire », avance-t-il, conscient du caractère potentiellement polémique de sa proposition.

Pour éviter les réticences que pourrait susciter une telle mesure contraignante, l’élu évoque le bail hypothécaire, un mécanisme de prêt qui permettrait de financer les travaux au moment de la transmission du bien. « Ça évite le spéculatif et on aide la personne à céder un bien rénové qui a de la valeur », explique-t-il, cherchant à rassurer une audience sceptique.

Sébastien Barles défend le bilan de la majorité sortante face à Patricia Blanchet-Bhang et aux artisans du bâtiment. ©Alain Robert / Le Méridional

La commande publique, nerf de la guerre économique locale

C’est sur le terrain de la commande publique que Sébastien Barles a essuyé les critiques les plus vives. « La commande publique, c’est 700 millions pour la Ville de Marseille, c’est le levier premier pour relocaliser notre économie », martèle l’élu, bien conscient de l’enjeu. Face aux reproches sur les Marchés Globaux de Performance du plan écoles, il assume une part de responsabilité : « On a voulu aller vite, peut-être qu’on s’est trompés. Ces marchés bénéficient aux majors et on n’a pas créé de filière locale. » L’élu invoque néanmoins un contexte difficile pour justifier ces choix : la ville se trouvait dans un état de faillite de fait, avec deux ans de retard dans les paiements des factures fournisseurs, et l’État exigeait des garanties que l’argent aille effectivement dans les écoles.

Patricia Blanchet-Bhang, présidente de la CAPEB 13, n’a pas mâché ses mots : « L’État n’a jamais demandé qu’on fasse des MGP, c’est une solution de facilité prise par la collectivité. » Piqué au vif, Barles plaide désormais pour une commande publique réformée, plus accessible aux artisans locaux. Il évoque la possibilité d’élargir les marchés de gré à gré jusqu’à 100 000 euros et de développer l’allotissement pour permettre aux petites entreprises de répondre aux appels d’offres.

Mobilité et stationnement, des promesses prudentes

Sur la question cruciale du stationnement et de l’accès au centre-ville pour les professionnels, Barles a esquissé plusieurs pistes. Il veut d’abord « arrêter le racket » des tunnels gérés par Vinci, dont le contrat court jusqu’en 2030 et qui génère onze millions de bénéfices annuels dans les poches des actionnaires. L’élu défend également un accompagnement des professionnels vers des véhicules moins polluants dans le cadre de la Zone à Faibles Émissions, allant jusqu’à proposer la création d’une coopérative pour produire des véhicules légers spécialement adaptés aux besoins des artisans. Concernant le stationnement proprement dit, il suggère de libérer les places de surface en encourageant les résidents à utiliser les parkings souterrains à tarifs modérés, tout en sanctuarisant des espaces de livraison réservés aux professionnels.

Face à la proposition concrète des artisans d’instaurer des vignettes professionnelles permettant un stationnement gratuit en centre-ville lors des interventions, Barles s’est montré prudent. « À réfléchir », a-t-il répondu, prenant toutefois note de la demande sans s’engager formellement.

Tensions et reproches sur la gouvernance

La séance a connu des moments de tension. Luc Gaston Garcia, président de la Fédération nationale des artisans pizzaïolos en camions et magasins, a fustigé la suppression de la commission du commerce non sédentaire : « Cette commission fonctionnait depuis des générations. Depuis l’arrivée de votre municipalité, elle n’a plus jamais été convoquée. Vous avez cassé le thermomètre ! » L’interpellation, a contraint Barles à reconnaître l’importance de cette instance de dialogue. Il s’est engagé à plaider pour sa réintégration au programme de la liste Delogu.

Robert Mouttet, président de la Confédération Nationale des Métiers de l’Artisanat des Services et de Union Nationale des Entreprises de Coiffure, représentant 3 600 coiffeurs dans le département, a quant à lui dressé un tableau alarmant de l’état du commerce marseillais : « À Marseille, à partir de 19h, il n’y a plus personne. On a des dépôts de bilans tous les jours. 51% des coiffeurs n’ont plus de salariés au niveau national. » Sur les questions de sécurité et de santé publique, qui dépassent largement le champ des compétences municipales, Barles a reconnu les limites d’action de la Ville. Il a néanmoins défendu une approche par la « présence humaine » plutôt que par la vidéosurveillance, marquant ainsi une différence philosophique avec d’autres candidats.

Martine Vassal : « Marseille a besoin d’un retour d’autorité »

En fin d’après-midi, Martine Vassal a fait son entrée, la présidente de la Métropole et du Département a bénéficié d’un accueil chaleureux de la part des artisans présents. Un détail n’a échappé à personne : alors que Robert Mouttet et Luc Gaston Garcia étaient restés dans l’audience face à Sébastien Barles, les deux présidents d’organisations professionnelles ont choisi de rejoindre Martine Vassal à sa table dès son installation. Ce geste symbolique témoigne d’une proximité assumée avec la candidate et en dit long sur les affinités entre le monde artisanale et la candidate à la mairie

Sécurité, une priorité assumée sans détour

Robert Mouttet a d’emblée posé la question sécuritaire : « Actuellement dans Marseille, on ne peut plus circuler. À partir de 19h, il n’y a plus personne dans les rues parce que les gens ont peur. » Vassal partage ce diagnostic sans faux-semblant : « Moi j’habite centre-ville, je peux vous dire qu’on n’est pas à l’aise quand on descend sur le Vieux-Port à 18h. » Sa réponse est sans ambiguïté : « Il faut faire un retour d’autorité sur cette ville. » La candidate propose la création d’une Brigade Anti-Criminalité municipale et le recrutement d’au minimum 1 500 policiers municipaux, qui seraient répartis sur l’ensemble du territoire, dans les noyaux villageois, avec une véritable police de proximité capable de passer voir le commerçant, l’artisan, le camion-pizza.

Elle insiste également sur le recours aux moyens modernes : vidéoprotection équipée d’intelligence artificielle, drones, et mobilisation de tous les agents disposant d’un pouvoir de police, qu’ils soient ASVP ou contrôleurs urbanisme.

Martine Vassal écoute Robert Mouttet lors de son audition devant les artisans de la CAPEB 13. ©Alain Robert / Le Méridional

Mobilité, reprendre le contrôle des parkings

Sur le volet mobilité, Martine Vassal annonce une stratégie ambitieuse : récupérer l’ensemble des parkings souterrains en régie municipale. « Aujourd’hui, chaque fois que la métropole fait de la gratuité dans les parkings, elle paie le délégataire pour compenser son manque à gagner », explique-t-elle pour justifier cette reprise en main. Son objectif est d’avoir tous les parkings sous contrôle public d’ici trois à quatre ans, afin de proposer des tarifs résidents à 58,50 euros mensuels et deux heures gratuites pour les courses avec tampon du commerçant. Concernant les professionnels, elle s’engage à travailler main dans la main avec les organisations pour identifier précisément les métiers nécessitant des véhicules et mettre en place une carte de stationnement valable sur l’ensemble du territoire marseillais.

Construction et logement, relancer la machine

La question de la construction et du logement suscite chez Vassal une critique virulente de la politique municipale actuelle. « Il faut relancer la construction. C’est indispensable », martèle-t-elle, fustigeant sans détour l’arrêt des permis de construire décrété par l’équipe sortante. « On ne construit plus comme avant, on peut très bien construire avec des normes différentes. Toutes les communes autour le font, il n’y a pas de raison qu’on ne le fasse pas »

Vassal annonce vouloir agrandir le périmètre d’Euroméditerranée pour accélérer la réhabilitation du quartier de la Belle de Mai jusqu’au Merlan. Elle conclut ce volet par une formule choc : « Une ville où on ne peut pas se loger est une ville qui meurt. »

Commande publique : l’expérience au service du local

Sur la commande publique, Martine Vassal fait valoir son expérience de gestionnaire au Département : « J’ai réduit le volume des lots et j’ai inclus un critère écologique sur le zéro carbone. Celui qui fait travailler un local a une meilleure note que celui qui prend son matériel en Norvège. » Concernant le plan écoles et les fameux Marchés Globaux de Performance, elle se montre prudente tout en étant critique : « Quand vous avez un préfet qui fait un article 40 alors qu’il est co-responsable dans la structure, je suis assez inquiète sur la suite. Il va falloir faire un audit complet des travaux pour savoir ce qui est nécessaire de faire. »

Elle s’engage fermement sur deux points majeurs réclamés par les artisans : la limitation des rangs de sous-traitance et le respect strict des délais de paiement. « Je l’ai fait à la métropole et au département, notamment la facturation automatique. On était à deux ans de retard, on est maintenant à 45 jours », rappelle-t-elle pour prouver sa capacité à tenir parole. Même si la loi impose normalement un paiement à 30 jours.

Déchets : le casse-tête réglementaire 

La question des déchets de chantier a donné lieu à un débat technique et animé. Christophe, représentant des artisans du bâtiment, a souligné le chaos provoqué depuis le 1er juillet par la fermeture des déchetteries aux professionnels. Vassal a pris le temps d’expliquer le cadre réglementaire contraignant : « La loi interdit à la collectivité de récupérer les déchets des privés. On a attendu le plus tard possible, on a essayé de travailler avec les professionnels. » Elle reconnaît l’échec de la mise en place par l’État du système de Responsabilité Élargie du Producteur, censé organiser le recyclage des matériaux de construction.

Son engagement reste toutefois conditionnel : « Si le préfet me fait une lettre m’autorisant à ouvrir les déchetteries, je les ouvre demain matin. Mais il faut qu’on travaille avec les organisations syndicales et les chambres des métiers pour trouver une solution pérenne. »

Deux visions, un même constat

Si Sébastien Barles et Martine Vassal ont défendu des projets radicalement différents pour l’avenir de Marseille, un constat commun émerge de ces deux auditions : le monde de l’artisanat et du commerce se sent profondément abandonné par la municipalité actuelle. Commissions professionnelles suspendues, difficultés persistantes d’accès à la commande publique, problèmes chroniques de stationnement et climat d’insécurité généralisé, les doléances sont nombreuses et pressantes.

Face à cette urgence, les deux candidats ont présenté des visions contrastées. Si certaines propositions convergent, les divergences restent marquées sur des sujets cruciaux : les Marchés Globaux de Performance, la gestion des déchets de chantier, ou encore la politique sécuritaire. Pour les 96% d’entreprises de moins de dix salariés qui forment l’ossature économique marseillaise, l’heure n’est plus aux promesses mais aux garanties concrètes. À moins d’un mois du scrutin, c’est leur survie même qui se joue dans les urnes.

Image de Ryan Kashi

Ryan Kashi

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