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« Sans consommateurs, pas de dealers » : nouvelle stratégie dans les Bouches-du-Rhône

Du 28 au 31 janvier 2026, une large opération dans les Bouches-du-Rhône a visé les consommateurs de drogue, afin de réduire la demande et affaiblir le trafic.
Du 28 au 31 janvier 2026, une large opération dans les Bouches-du-Rhône a visé les consommateurs de drogue, afin de réduire la demande et affaiblir le trafic.
Conférence de presse de lancement de l'opération à Marseille. ©Alain Robert / Le Méridional
Corine Simon Prefete Cedric Esson directeur police et Pierre Baillargeat commandant gendarmerie. Marseille controle anti drogue dans les rues le 28/0125

Une opération XXL : 1 200 agents mobilisés

Du 28 au 31 janvier 2026, les forces de l’ordre des Bouches-du-Rhône ont lancé une opération de contrôle qualifiée de « première du genre en France ». Les chiffres sont impressionnants : 1 200 policiers et gendarmes déployés simultanément dans 23 villes du département, sur 159 points de contrôle stratégiques, avec le renfort de 22 équipes cynophiles.

« Cette opération, elle a vocation à être renouvelée tout au long de l’année, régulièrement tous les mois, et parfois plusieurs fois par mois », a annoncé Corinne Simon, préfète de police déléguée des Bouches-du-Rhône lors d’une conférence de presse, accompagnée de Cédric Esson, directeur interdépartemental de la Police Nationale, et de Pierre Baillaud, commandant de groupement de la Gendarmerie.

Les contrôles se déroulent dans des lieux ciblés : établissements de nuit, gares, stations de métro, sorties de facultés, centres commerciaux, abords d’établissements scolaires et grands axes routiers. Contrôles routiers et palpations de sécurité se multiplient pour « saturer l’espace public », selon les termes de la Préfecture.

Palpation de sécurité par les forces de l’ordre. ©Alain Robert / Le Méridional

Un message politique fort : « Sans consommateurs, pas de dealers »

La préfète de police déléguée assume pleinement cette stratégie : « Si je n’ai plus de consommateurs à venir sur des points de deal, les points de deal vont s’assécher. S’ils s’assèchent, je n’ai plus de dealers, et le point de deal est fermé. »

Le message est sans ambiguïté : la responsabilité des consommateurs dans l’économie du narcotrafic doit être reconnue. « Il est véritablement important que les consommateurs, même les consommateurs occasionnels, comprennent qu’à chaque fois qu’ils vont sur un point de deal pour acheter des produits stupéfiants, ou à chaque fois qu’ils commandent sur Internet par le système d’ubérisation, ils participent au trafic de stupéfiants », a-t-elle insisté.

Cette approche s’inscrit dans le contexte d’une violence croissante liée au trafic de drogue. Les Bouches-du-Rhône connaissent une situation particulièrement préoccupante, avec une explosion de 122% du nombre de personnes mises en cause pour narcotrafic entre 2018 et 2024. Marseille, épicentre des règlements de comptes, symbolise à elle seule l’urgence de la situation.

Un bilan 2025 positif mais insuffisant

Les autorités dressent un bilan encourageant pour 2025 : le nombre de points de deal a été divisé par deux en deux ans grâce aux opérations de « pilonnage ». L’opération « Jumbo » et l’application de la loi narco ont permis des interdictions administratives de paraître, des fermetures de commerces et des expulsions de locataires impliqués dans le trafic. À la Castellane notamment, 16 personnes sont actuellement incarcérées en attente de leur procès.

Mais les chiffres témoignent aussi de l’ampleur du phénomène : en 2025, 2 200 personnes ont vu leur permis de conduire suspendu pour consommation de stupéfiants dans les Bouches-du-Rhône. « Ce sont des personnes qui avaient consommé des stupéfiants et qui se sont mises en danger elles-mêmes mais surtout ont mis en danger la vie d’autres personnes », a souligné la préfète.

Des sanctions immédiates et un arsenal renforcé

Depuis 2019, toute personne interpellée en possession de petites quantités de stupéfiants ou en train d’en consommer peut recevoir une amende forfaitaire délictuelle (AFD) de 200 euros, délivrée immédiatement par les forces de l’ordre. En 2025, pas moins de 15 000 amendes de ce type ont été dressées dans les Bouches-du-Rhône.

Mais le gouvernement veut aller plus loin. Le Président de la République et le ministre de l’Intérieur ont exprimé leur volonté de faire passer cette amende de 200 à 500 euros, pour renforcer son caractère dissuasif.

Sur les routes, la répression est implacable. « Il faut savoir que par exemple, sur les contrôles routiers, en 2025 il y a 2 200 personnes qui ont vu leur permis de conduire suspendu pour consommation de stupéfiants. »

Contrôle et fouille d’un individu par la police. ©Alain Robert / Le Méridional

Un nouveau phénomène : la « narco-livraison »

Pierre Baillaud, commandant de groupement de la Gendarmerie, a alerté sur un phénomène émergent : « Le ‘narco-livraison’ se développe chez nous. »

Cette « ubérisation » de la drogue, qui permet de commander des stupéfiants par Internet, complique la lutte des forces de l’ordre et justifie d’autant plus cette nouvelle stratégie de contrôles massifs. « On sera présents sur les péages autoroutiers, dans les trains, en tout point du territoire », a-t-il précisé.

Stupéfiants saisis lors des contrôles. ©Alain Robert / Le Méridional

Une intensification marquée du narcotrafic

Cette opération intervient dans un contexte préoccupant. Les indicateurs du narcotrafic en France connaissent une forte augmentation qui touche désormais l’ensemble du territoire, y compris les villes moyennes et les zones rurales auparavant épargnées.

Les chiffres officiels témoignent de cette intensification :

  • 53,5 tonnes de cocaïne saisies en 2024 par les autorités françaises, soit une augmentation de 130% par rapport à 2023, selon les données du ministère de l’Intérieur communiquées en février 2025
  • 3 000 points de deal recensés sur le territoire national, d’après le rapport de la Commission d’enquête du Sénat sur le narcotrafic (mai 2024) et confirmé par la Cour des comptes
  • 240 000 personnes vivent directement ou indirectement du trafic de drogue, dont 21 000 à temps plein, selon l’Office anti-stupéfiants
  • Un chiffre d’affaires estimé entre 3,5 et 6 milliards d’euros par an, selon les estimations de l’Insee et de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives
  • 79% des communes françaises touchées par le narcotrafic en 2022, contre 54% en 2016, d’après les données de la Cour des comptes

La consommation connaît également une progression marquée. Le cannabis reste la drogue illicite la plus consommée en France. Selon l’OFDT, on compte 5 millions d’usagers de cannabis dans l’année, dont 900 000 usagers quotidiens. Cette consommation massive se reflète dans les statistiques d’infractions : selon le ministère de l’Intérieur, le cannabis concerne 92% des mis en cause pour usage de stupéfiants en 2024.

Plus préoccupant encore, la consommation de cocaïne a presque doublé : 1,1 million de personnes en ont consommé au moins une fois en 2023, contre 600 000 en 2022.

Le rapport de la Commission d’enquête du Sénat publié en mai 2024 qualifie cette situation de « véritable submersion » et souligne que « le phénomène touche l’intégralité du territoire ».

Une stratégie assumée : prévention et répression

« L’objectif aujourd’hui, c’est de lancer cette opération. Mon objectif n’est pas de piéger les gens. C’est d’avertir », a précisé la préfète de police déléguée. Cette première opération massive et médiatisée a pour but de faire passer un message clair, avant que des contrôles similaires se multiplient tout au long de l’année, de manière plus discrète.

Face à l’ampleur du phénomène, les autorités assument cette ligne : « C’est une guerre, je l’ai dit, nous menons une guerre, nous allons la gagner, mais on la gagnera d’autant plus vite que les consommateurs nous aideront », a affirmé la préfète. L’objectif n’est pas seulement répressif, mais aussi dissuasif et pédagogique : faire prendre conscience aux consommateurs qu’ils alimentent un système criminel violent.

Une mobilisation sur le long terme

Cette opération dans les Bouches-du-Rhône n’est qu’un début. Les autorités annoncent que ces contrôles massifs seront renouvelés régulièrement, plusieurs fois par mois, en complément des dispositifs déjà en place. La stratégie globale repose sur une approche à 360 degrés : du consommateur au trafiquant, de la voie publique au démantèlement judiciaire, en passant par la lutte contre le blanchiment et l’économie souterraine.

Image de Ryan Kashi

Ryan Kashi

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