C’était censé être un moment de politique locale, une conférence de presse comme il s’en tient des dizaines en période électorale. Elle s’est achevée dans la précipitation. Jeudi 5 février, à Aix-en-Provence, Amine Kessaci, figure nationale de la lutte contre le narcotrafic et candidat sur la liste de Benoît Payan aux municipales de Marseille, a été exfiltré en urgence par ses agents de sécurité alors qu’il répondait à la première question des journalistes présents.
L’invité surprise de Marc Pena
Quelques minutes plus tôt, l’ambiance était encore à la solennité maîtrisée d’un rapprochement politique assumé. Marc Pena, candidat de gauche aux municipales d’Aix-en-Provence, avait convié la presse pour dévoiler ce qu’il présentait comme « la surprise » : le soutien d’Amine Kessaci à sa candidature. Les deux hommes entendaient donner à cette alliance une portée dépassant les seules limites de la cité du Roy René.

Kessaci, candidat sur la liste de Benoît Payan aux municipales de Marseille, est venu apporter son soutien à Marc Pena, candidat de gauche à Aix-en-Provence. Devant les journalistes, le militant de 22 ans, dont le frère Mehdi a été assassiné en novembre dernier dans ce que les autorités qualifient de « crime d’intimidation ».
Le narcotrafic, « fléau » qui ne connaît pas de frontières communales
Au cÅ“ur de la rencontre, un sujet : le narcotrafic et son emprise croissante au-delà des quartiers nord de Marseille. Amine Kessaci a annoncé travailler à la création d’une « Association Nationale des Maires de France », structure destinée à fédérer, ville par ville, les réponses citoyennes face au trafic de stupéfiants. Marc Pena, s’il est élu, s’est engagé à y siéger au nom d’Aix-en-Provence.
Le militant associatif, dont l’engagement lui vaut de vivre sous protection policière, a tenu à remercier publiquement les fonctionnaires chargés de sa sécurité un geste qu’il a revendiqué : « Parfois on ne veut pas dire merci à la police, mais je pense qu’il faut le souligner. Je veux dire merci à ces femmes et ces hommes qui me permettent d’être là ce soir. »
La question du narcotrafic à Aix constituait précisément le point de friction que les journalistes souhaitaient creuser. Lors du dernier conseil municipal, la maire Sophie Joissains avait affirmé qu’il n’existait pas de « gros points de deal » dans sa commune. Kessaci commençait à peine à répondre « On a tendance à mettre le projecteur sur Marseille. Il se passe des choses ailleurs… » lorsque l’incident s’est produit.
Une exfiltration soudaine, des questions sans réponse
Un agent de sécurité lance un ordre sec : « On part, on part ! On y va ! » Kessaci, surpris, n’a que le temps de répondre « On y va ? » sous le choc avant d’être escorté hors de la salle. La conférence de presse est terminée.

Selon nos confrères du Parisien, le service de protection de la police nationale accompagnant Amine Kessaci a reçu une alerte indiquant que plusieurs personnes s’intéressaient aux déplacements du militant et au dispositif de protection mis en place autour de lui. La présence d’une balise GPS sur l’un des véhicules du cortège policier a été évoquée, conduisant à son exfiltration immédiate et à sa mise à l’abri pendant plusieurs heures dans un lieu sécurisé. Une enquête a été ouverte par le Parquet national anti criminalité organisé, bien qu’aucune balise n’ait finalement été découverte lors de l’inspection des véhicules.
Quand le militant associatif remerciait ses gardes du corps quelques instants plus tôt, il ne savait pas encore à quel point ses mots allaient trouver, ce soir-là , leur illustration la plus concrète.
