mercredi 04 mars 2026
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Carrière grecque antique de la Corderie Jean-Noël Beverini : Lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin

Monsieur Jean-Claude Gaudin

Maire de Marseille

Cher monsieur le maire,

J’ai attendu longtemps. J’ai attendu jusqu’au dernier moment. Et mon attente longue, jusqu’au dernier moment, est restée sans réponse. Le 18 juin dernier, à l’occasion d’un déjeuner en compagnie de personnes que vous estimez, je vous ai remis personnellement une lettre. Deux feuillets et demi accompagnés d’une aquarelle d’un de nos grands artistes marseillais représentant Pythéas en couleur d’ambre, si évocatrice de son périple maritime. Pythéas se joignait symboliquement à ma lettre en raison de son objet : la carrière grecque antique dite de la Corderie.

Il y a 2600 ans, cette Grèce, par le choix de ses Phocéens, fondait notre ville. 2600 ans qui rendent unique Marseille comme première « ville Â» de France. Marseille n’est pas, en effet, la seconde ville de France mais en est la première grâce à ses fondateurs, nos fondateurs. Aucune autre métropole ne peut afficher une telle naissance, une telle ancienneté, une telle antériorité.

Cette unicité est à la fois un honneur et une responsabilité. Si nous perdons ce sens de la responsabilité, nous perdons par là-même le sens de l’honneur. J’ai attendu jusqu’au dernier moment… Dans ma lettre du 18 juin concernant les vestiges de la carrière grecque antique de la Corderie, je vous écrivais :

«  Nous ne pouvons laisser notre matrice fondatrice dans l’état d’abandon où elle se trouve depuis trois ans. Nous ne pouvons la laisser. Vous ne pouvez la laisser Â».

Évoquant l’ancien remarquable soutien apporté par madame Jacqueline de Romilly pour la préservation et la valorisation du complexe grec du VI ° siècle avant J.-C. découvert sur le site du Collège Vieux-Port, je vous invitais respectueusement à prendre une décision ultime de sauvetage d’une partie de cette carrière grecque, mémoire originelle de notre Ville.

Il ne s’agissait même plus de sauvegarde, de protection, de valorisation mais bien de « sauvetage Â». Un SOS, en quelque sorte. C’est le cas de le dire. « Save or sink Â». Sous la montée des eaux d’infiltration, de résurgence, ce lieu fondateur, tel un navire en perdition, est sur le point de disparaître malgré le classement décidé par l’État. L’arrêté d’inscription au titre des monuments historiques suivit la visite de la ministre de la Culture à Marseille le 7 octobre 2017. Le Groupe Vinci, par courrier du 3 novembre 2017, s’engageait fermement : construction d’un belvédère muni d’un ascenseur, ouverture d’un chemin permettant accès, mise en valeur des vestiges, déplacement d’un « banc de taille Â», présentation d’éléments mobiliers remarquables, installation d’une protection en verre. (Communiqué ministère de la Culture du 8 novembre 2017).