La sécurité, priorité absolue d’une campagne inédite
« La sécurité est vraiment la thématique qui interpelle le plus les Marseillaises et les Marseillais », a d’emblée posé Martine Vassal, dénonçant une violence « montante » qui se ressent « dans les quartiers, en conduisant, dans les écoles ». La présidente du département et du conseil de territoire a dressé un constat sans concession : « On ne peut pas continuer comme ça, ce n’est pas possible. »
Seule candidate femme dans cette élection municipale, Martine Vassal a critiqué le niveau du débat, devenu selon elle une « course à l’échalote » indigne de la deuxième ville de France. « On arrive à 39 jours exactement du premier tour, et on ne sait pas ce que les autres proposent », a-t-elle déploré, appelant à « élever le débat » sur le fond plutôt que de se livrer à une « campagne des petits mots » et des « phrases violentes ».
Le GIP Argos : une approche globale contre la violence
Le plan proposé par Martine Vassal repose sur la création d’un Groupement d’Intérêt Public (GIP) baptisé « Argos », du nom du gardien mythologique « toujours en alerte ». Ce dispositif vise à décloisonner l’action publique en matière de sécurité, en réunissant ville, préfecture, services sociaux, éducation nationale, justice et procureur autour d’une même table.
« Aujourd’hui, on est beaucoup trop en silo », a expliqué la candidate, forte de son expérience dans les transports où elle a déjà mis en place un GIP similaire. L’objectif : « repérer les signaux faibles dès qu’ils apparaissent » et intervenir immédiatement auprès des jeunes en voie de basculement dans la délinquance.
Concrètement, le plan prévoit le déploiement d' »argonautes » équipes mobiles associant travailleurs sociaux et psychologues capables d’intervenir notamment dans les hôpitaux après des règlements de compte ou dans les établissements scolaires pour détecter l’absentéisme et les tentatives de recrutement par les réseaux criminels.
Le dispositif s’articule autour de trois axes : prévention en amont, accompagnement des jeunes et de leurs familles, et en dernier recours, intervention judiciaire. Coût estimé : 15 millions d’euros répartis entre les différents acteurs publics.
Retailleau : « Le continuum de sécurité, condition de la réussite »
Bruno Retailleau a apporté une caution nationale forte à ce projet, s’appuyant sur son expérience récente au ministère de l’Intérieur. « Pour la première fois depuis 50 ans, la sécurité est la première préoccupation des Français pour les municipales », a-t-il souligné, balayant l’argument du maire sortant Benoît Payan qui rejette la responsabilité sur l’État.
« Là où on a des résultats, c’est là où on a ce qu’on appelle un continuum de sécurité », a martelé l’ancien ministre, citant l’exemple d’Orléans où la délinquance a reculé grâce à l’engagement du maire Serge Grouard. À Marseille même, les actions « coup de poing » menées au centre-ville sous sa direction ont permis de faire baisser les vols à main armée de 47%.
Le sénateur a rappelé que « les maires ont une responsabilité qui s’inscrit depuis des décennies dans le code général des collectivités territoriales » en matière de sécurité, un « pouvoir de police du maire » qu’on aurait « tout simplement oublié en France ».
De nouveaux outils législatifs pour les polices municipales
Bruno Retailleau a profité de sa venue pour annoncer le vote, avant-hier au Sénat, d’un texte qu’il a lui-même initié conférant de nouvelles prérogatives judiciaires aux polices municipales. « Pour la première fois, les policiers municipaux vont avoir un rôle judiciaire », a-t-il expliqué, précisant qu’ils pourront constater une vingtaine d’infractions et de délits, dresser des amendes forfaitaires délictuelles et utiliser des drones « avant, interdit ».
Martine Vassal prévoit de doubler les effectifs de la police municipale et d’élargir leurs horaires d’intervention à 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, « parce que les délinquants se réveillent en général quand nous, on s’endort ». Le projet intègre également un déploiement massif de la vidéoprotection, « la preuve par l’image » selon Retailleau, qui permet d’améliorer considérablement les taux d’élucidation.
Justice des mineurs : « le maillon manquant »
L’ancien ministre de l’Intérieur n’a pas mâché ses mots sur la justice des mineurs, « totalement inadaptée » selon lui. « À chaque fois qu’un mineur était mis en cause dans un crime, je demandais le nombre d’antécédents judiciaires. À chaque fois, quasiment, il y en avait plus de 30 », a-t-il révélé, dénonçant une attente « de la dernière limite, qu’il y ait du sang sur les murs » avant d’envisager la prison.
Cette impunité explique pourquoi « les narcotrafiquants utilisent les plus jeunes », a-t-il ajouté, appelant à des « courtes peines de prison » dès les premiers délits graves pour éviter l’engrenage. Il a ouvertement critiqué la censure par le Conseil constitutionnel de 5 articles sur 10 d’un texte qu’il portait, au motif que la justice des mineurs devrait reposer sur « un principe d’éducation » plutôt que de « sanction ».
« Celles et ceux d’entre vous qui sont parents, pensez-vous vraiment qu’on puisse dissocier la sanction de l’éducation ? », a-t-il lancé aux journalistes. « On marche sur la tête. Il faut un peu de bon sens. »
Narcotrafic : « On est rentrés dans une guerre »
Interrogé sur le projet d’attentat visant Amine Kessaci qui venait de tomber, Bruno Retailleau n’a pas souhaité « réagir à chaud », mais a réaffirmé sa détermination : « Cette guerre-là, on la gagnera. Depuis deux ans, nous avons arrêté plus de mille individus liés à la mafia. 500 sont sous les barreaux. Et je suis certain qu’avant deux ans, nous leur couperons la tête. »
L’ancien ministre a toutefois regretté que certains articles de sa loi narcotrafic n’aient pas été votés, notamment concernant l’interception des messageries cryptées utilisées par « les grands criminels à la tête d’organisations ». « Ça nous manque terriblement », a-t-il déploré, épinglant au passage le Rassemblement National qui n’a pas voté cet article « absolument fondamental ».
Martine Vassal a pour sa part souligné que « malgré tous les efforts » de l’État, « on ne le sent pas ici sur le terrain ». D’où la nécessité d’un plan d’action en amont, car « tant qu’on ne fera que du sparadrap, on n’arrivera pas à couper la tête de l’hydre ».
« Cette ville en vaut la peine »
En conclusion, Martine Vassal a lancé un appel : « Cette ville, elle en vaut la peine. Et on en a assez que des responsables politiques fassent du Marseille bashing à tout va. C’est scandaleux. Quand on aime sa ville, on la critique pas, on fait en sorte de bien faire les choses. »
La candidate a promis de présenter la semaine prochaine une équipe « largement renouvelée » avec « des compétences » et « la jeunesse », pour « ne pas perdre encore un mandat » après « six ans » perdus selon elle. Son objectif : « zéro délinquance, zéro tolérance », au-delà de la simple amélioration statistique.
Reste à établir si ce plan Argos convaincra les Marseillais, à l’heure où la sécurité s’impose comme l’enjeu central d’un scrutin municipal promis à être disputé jusqu’au bout.
