L’annonce est intervenue tard dans la nuit, provoquant un véritable séisme. L’Olympique de Marseille a officialisé la fin de sa collaboration, “d’un commun accord”, avec Roberto De Zerbi, arrivé sur le banc marseillais à l’été 2024. Une décision présentée comme concertée et prise “au terme d’une réflexion approfondie”, alors que le club traverse une période sportive délicate.
Dans son communiqué, la direction précise qu’une réunion a rassemblé l’ensemble des responsables – propriétaire, président, directeur du football et entraîneur – avant d’acter un changement à la tête de l’équipe première. Le texte évoque des “enjeux sportifs de fin de saison”, traduisant l’urgence et la volonté de préserver des objectifs encore accessibles.
« L’Olympique de Marseille et Roberto De Zerbi, entraîneur de l’équipe première, annoncent la fin de leur collaboration d’un commun accord.
À la suite d’une concertation réunissant l’ensemble des parties prenantes de la direction du club – propriétaire, président, directeur du football et entraîneur – il a été décidé d’opter pour un changement à la tête de l’équipe première. Une décision collective, difficile, prise au terme d’une réflexion approfondie dans l’intérêt du club pour répondre aux enjeux sportifs de cette fin de saison.
L’Olympique de Marseille tient à remercier Roberto De Zerbi pour son investissement, son engagement, son professionnalisme et son sérieux, marqués notamment par la 2ᵉ place obtenue lors de la saison 2024/25.
Le club lui souhaite le meilleur pour la suite de sa carrière. »
Le cataclysme parisien
Si la direction insiste sur la réflexion et la concertation, le calendrier, lui, ne trompe personne. La défaite historique (5-0) face au Paris Saint-Germain a servi de point de rupture.
Au-delà du score, c’est l’impression d’un écart devenu béant entre les deux rivaux qui a frappé. Une équipe marseillaise dépassée dans l’intensité, fragile défensivement, incapable d’imposer son rythme ni de contrôler ses temps faibles. Les joueurs groggys, les supporters abasourdis. Ce soir-là, plus qu’une défaite, c’est un décrochage symbolique qui s’est produit.
Ce revers ne constitue pas un simple accident de parcours : il symbolise une saison irrégulière, parfois inquiétante, et a rendu visible une cassure perceptible depuis plusieurs semaines.
Des montagnes russes devenues invivables
Depuis le début de l’exercice en cours, les signaux d’alerte se sont multipliés jusqu’à installer un climat d’incertitude persistant autour de l’équipe. Les résultats, constamment irréguliers, alternant performances convaincantes et défaites brutales, n’ont jamais permis à l’OM d’installer une dynamique stable sur la durée.
Certes, le club reste mathématiquement en course pour le podium et encore engagé en Coupe. La saison n’est pas condamnée. Mais la dynamique globale s’est inversée et, en évoquant les “enjeux sportifs de fin de saison”, la direction laisse entendre qu’un statu quo aurait été perçu comme un risque. L’objectif est clair : provoquer un électrochoc avant que la trajectoire ne devienne irréversible.
Le projet porté par Roberto De Zerbi reposait sur des principes ambitieux et exigeants, aussi bien tactiquement que mentalement. Lorsque la confiance collective était totale, ce modèle produisait un football structuré et séduisant. À mesure que les résultats se sont détériorés, ces mêmes principes ont exposé l’équipe à davantage de vulnérabilités, notamment dans les transitions défensives. Dans un système aussi ambitieux, la moindre fissure peut fragiliser l’ensemble.
Un contraste saisissant avec la saison dernière
L’histoire aurait pu suivre une trajectoire bien différente. Lorsqu’il arrive à Marseille à l’été 2024, Roberto De Zerbi porte avec lui l’image d’un entraîneur moderne, méthodique et profondément attaché à une idée exigeante du jeu. Rapidement, il parvient à imprimer sa marque et à redonner une cohérence à un club en quête de repères.
La saison 2024/25 se conclut par une deuxième place en Ligue 1, synonyme de qualification directe pour la Ligue des champions. Au-delà du classement, c’est surtout l’identité retrouvée qui séduit. L’OM propose alors un football ambitieux, structuré autour d’un pressing haut, d’une relance construite depuis l’arrière et d’une volonté constante de maîtriser le tempo des rencontres. L’équipe assume ses principes, impose son rythme et affiche une personnalité claire, y compris dans les grands rendez-vous.
Le Vélodrome, sensible à cette cohérence et à cette audace, adhère pleinement au projet. L’enthousiasme est palpable, l’impression d’un cycle ascendant s’installe. À ce moment-là, rien ne laisse présager qu’à peine une saison plus tard, cette dynamique positive laisserait place à une rupture aussi brutale.
La fin d’un cycle plus rapide que prévu
De Zerbi s’inscrivait dans une perspective de continuité. Son profil, sa méthode et son discours devaient structurer l’OM sur plusieurs années. Moins de deux saisons plus tard, le cycle est interrompu. Il y a à peine quelques jours, le technicien italien affichait pourtant une détermination intacte. Interrogé sur son avenir, il affirmait :
« Je pense avoir la force pour rester à Marseille encore cinq ou six ans. »
Des propos tenus quelques jours seulement avant l’annonce de son départ. Une déclaration forte, presque défiante face au doute ambiant, qui traduisait sa volonté de s’ancrer durablement dans le projet olympien malgré les turbulences.
Dimanche, après l’humiliation parisienne, le ton était bien différent. Face aux difficultés de son équipe, il reconnaissait son impuissance à expliquer l’irrégularité chronique du groupe, admettant ne pas avoir de réponse claire. En l’espace de quelques jours, le contraste est saisissant : d’une projection sur cinq ou six saisons supplémentaires à une séparation actée “d’un commun accord”, la situation n’a pas fini de faire réagir.
Le grand manège de l’OM
Dans un club où les cycles sont rarement linéaires, la trajectoire du coach italien aura suivi la même intensité : promesse d’inscription dans la durée, montée en tension progressive, avant rupture brutale sous la pression des résultats.
Reste désormais la grande question : qui pour reprendre un groupe encore en course mais fragilisé à ce point ? La réponse conditionnera la fin de saison et, peut-être, l’orientation stratégique du club pour les années à venir. À Marseille, rien n’est jamais tiède. L’adhésion peut être totale, la rupture tout aussi radicale : la page De Zerbi se referme.
